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Quand j’ai débuté la lecture aux alentours de 4-5 ans, je ne me posais pas forcément la question de qu’est-ce qui faisait un bon livre. Je lisais et je m’évadais dans des mondes imaginaires où les héros résolvaient des problèmes de toutes sortes, et voilà.
Ce n’est qu’aux alentours de quinze ans que j’ai commencé à analyser malgré moi tous ces livres et que j’ai commencé à engranger les styles et les univers comme on peut théoriser un trésor (vous avez l’image de Smaug, eh bien voilà!).
D’ailleurs, dès que je trouvais un auteur ou une autrice qui me plaisait, c’était plus fort que moi, je lisais toute sa bibliographie, quitte à y retrouver des schémas narratifs qui me faisaient rendre les prochains volumes moins beaucoup attractifs (ça sera probablement l’objet d’un autre post à l’avenir). Mais bref, dans cette série de post (parce que, comme vous pouvez l’avoir constaté, il y a le petit numéro 1 derrière le titre), je prendrai soit un livre, soit une saga, soit même la bibliographie d’un auteur dans son ensemble et je vous expliquerai donc au fur et à mesure ce que j’ai pu en retirer pour améliorer mon écriture (ou éviter certains écueils, c’est selon). On va donc parler livres, et pas forcément juste une dizaine de lignes, donc c’est parti !
Pour cette première, j’ai voulu commencer par une trilogie de coeur, celle qui a réussi à détrôner mon livre doudou préféré et prendre cette place. J’ai donc nommé la Trilogie de Kushiel, écrite par Jacqueline Carey.

Je vous laisse donc déjà la quatrième de couverture du tome 1 pour vous en faire une idée :
«Phèdre nó Delaunay porte la marque de Kushiel, qui lui vaut d’éprouver à jamais le plaisir dans la souffrance.
Enfant, elle a été vendue à un noble qui a su reconnaître chez elle ce don cruel, et elle est devenue depuis la plus convoitée des courtisanes… ainsi qu’une espionne exceptionnelle. Lorsqu’elle découvre le complot qui pèse sur sa patrie, Phèdre se lance dans une aventure épique et déchirante, semée de trahisons, et qu’il lui faudra mener jusqu’au bout pour sauver son peuple. »
A partir de là, je vais explorer ce que Kushiel m’a appris.
I. Phèdre
Alors, ça paraît peut-être un peu bête dit comme ça, mais la plus grande force de Kushiel réside dans son personnage principal, Phèdre. Cela peut sembler banal de dire que si l’on veut écrire un bon livre, il faut aussi de bons personnages principaux, et pourtant… Rares sont les livres qui avaient un personnage principal qui m’aura autant marquée.
Déjà, le livre est raconté de son point de vue à elle. On voit à travers ses yeux, à travers ses biais de pensées, et ça, c’est vraiment quelque chose à marquer au fer rouge dans sa tête : si on écrit un récit à la première personne, il faut savoir que tout ce qui va être dit, décrit, ressenti passera par son prisme. Il n’a pas une vision omnisciente et a des préférences. Et c’est quelque chose que Kushiel fait fort bien : Phèdre n’est pas au courant de tout sur le moment, elle ne va pas vivre tous les événements qui se dérouleront en parallèle (au mieux, elle nous en parle parce qu’ensuite on les lui a raconté). Elle n’a pas toutes les infos, et son raisonnement est perceptible : tant qu’elle ne dispose pas d’un minimum d’informations, elle ne peut pas mettre bout à bout les choses. Elle est victime de ses propres idéaux, de ses préjugés… tout autant que le lecteur ! Et comme Phèdre est très coquette, elle porte une grande importance aux vêtements, aux bijoux, à son apparence. Et tout ça se ressent dans sa manière de décrire le monde.
Phèdre possède donc sa propre voix, singulière, sa plume est d’une grande finesse, on la sent transpirer à travers les mots du texte et ça en fait une des héroïnes les plus marquantes de la littérature pour ma part.
Petite anecdote d’ailleurs : La seconde trilogie nommée « Imriel » est écrite à travers les yeux dudit Imriel justement et…. Et j’ai beaucoup moins accroché car j’appréciais beaucoup moins le caractère d’Imriel, qui avait donc tout autant sa propre voix. En soi, cela voulait dire que l’écriture du personnage était réussi (mais évidemment, comme c’est à la première personne, il faut que le lecteur arrive à accrocher à ce dernier).
II. La construction de la trilogie
En voilà un beau point !
En fait, le tome 1 de Kushiel se suffit amplement à lui-même. Il a une intrigue complète avec la présentation de l’univers, ses mécanismes, son intrigue complète. On pourrait ne pas vouloir lire la suite, et c’est très bien. Cela donne une grande liberté au lecteur : s’il n’a pas accroché, il peut s’arrêter là, s’il n’en a pas assez…. Deux tomes suivent !
Je vois d’ailleurs cette trilogie avec une construction telle que le tome 1 est plutôt indépendant, et les deux autres tomes sont une duologie. Pourtant le tome 2 ne se passe que peu de temps après le tome 1, alors que le tome 3 se passe une dizaine d’années plus tard.
Pourquoi ? Parce que même si le tome 2 se suffit également à lui-même et apporte beaucoup de nouveautés par rapport au tome 1, le tome 3 est annoncé dans ce dernier.
Et ce tome 3…. Ce tome 3 regroupe tous les fils rouges. Il est à la fois le plus dur au niveau des épreuves de Phèdre mais aussi donne tout son sens à la lecture de la trilogie dans son ensemble quand on arrive à la conclusion finale, et c’est tellement satisfaisant quand on arrive à ce point final ! Quand la dernière révélation à la dernière phrase au dernier mot résonne avec le tout début de la trilogie, j’en ai frémis et je n’ai eu qu’une envie : de tout relire ! Cela fait donc réfléchir à la manière de penser une histoire. Quel est le fil le plus important, le message le plus important du livre à faire passer au lecteur pour qu’il ait cette conclusion ? Kushiel fait partie des livres qui font réfléchir, nous amènent à nous remettre en question et portent un message qui reste dans la tête et dans le coeur. Tous les livres sont loin d’être capables d’amener aussi loin leur propos.
III. Voyages, cultures, langues
Kushiel se passe dans une espèce d’Europe de la Renaissance alternative la plupart du temps et même au-delà, ce qui permet de rencontrer nombre de cultures différentes, d’accompagner Phèdre dans ses voyages et de la voir mûrir au fur et à mesure. A élargir son regard, à moins juger, à plus tolérer. J’ai beaucoup apprécié découvrir de nouveaux horizons, apprendre dans la différence de l’autre. On peut se dire que placer un monde de fantasy dans un monde déjà existant serait simple, mais là, Kushiel nous montre une richesse extraordinaire : tout peut être découverte, chaque geste dans une culture différente peut avoir une signification, et qu’il y a des imbrications partout : croyances, économie, statut social…. Et en défilant le fil rouge, les ramifications se font de plus en plus nombreuses. Et si on veut que le système ne s’ébranle pas à la moindre petite cohérence, il faut penser plus loin que ce que l’on écrit pour le lecteur, rendant le monde vivant avec la perception et l’acceptation de chacun. Chose rare dans les livres, il y a une importance capitale donnée aux différentes langues : chaque pays a la sienne propre. Il y a bien le caerdicci qui fait penser au latin que l’on retrouve dans la plupart des ouvrages écrits (ou des traductions), mais pour aller plus loin et mieux comprendre le pays dans lequel on se trouve, apprendre la langue est fondamental. Et c’est une des forces de Phèdre également. Dès le départ, on sait qu’elle apprend beaucoup de langues différentes par son éducation particulière et qu’elle cultive cet apprentissage tout le long de la trilogie. Ce n’est donc pas un super pouvoir, et c’est une des caractéristiques fortes du personnage (tous n’ont pas cette même capacité d’apprentissage des langues, nos cerveaux n’ayant pas les mêmes appétences). Et c’est particulièrement bien développé tout au long des trois tomes. Le savoir de la langue peut débloquer nombre de situations, ça peut même être une intrigue en soi !
Bref, quand on construit son univers, même si on s’appuie sur un monde déjà existant, il faut penser loin. Il y a des conflits politiques, des relations diplomatiques, des enjeux économiques et forcément, cela a des conséquences directes sur tous les personnages. Kushiel manœuvre tout cela avec brio. Combien de livres tiennent compte du temps que prend un courrier à arriver ? Qu’il peut être intercepté ? Autant de questions qui méritent d’être explorées pour l’écriture.
Pour conclure
Voici les trois axes principaux qui m’ont beaucoup interrogée et qui m’ont fait grandir dans la construction de mes propres récits. On a à apprendre des œuvres des autres dans ce qu’ils ont fait de mieux et si cela permet d’offrir un meilleur récit pour mieux faire passer l’intention sincère au lecteur, alors tant mieux !
Kushiel est à chaque fois un des livres que je conseille quand on me demande quoi lire. C’est un modèle d’écriture à la première personne, avec des intrigues riches et soignées, et qui ne prend pas le lecteur pour un bêta. Evidemment, cela demande un peu d’investissement pour comprendre la meilleure de pensée D’Angeline, mais c’est pour mieux nous préparer à la suite et sa fin grandiose ! Il y a vraiment une montée en puissance tout au long de la Trilogie à laquelle j’ai été particulièrement sensible et qui a très bien fonctionné sur moi. Phèdre et Joscelin sont des personnages exceptionnels que j’adore et j’aime les contrastes que leur duo offre au lecteur. Et je sais que je relirai encore et encore cette histoire qui ne cesse de me faire voyager aux confins du monde !
Une trilogie à mettre dans toutes les bonnes bibliothèques !