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Il y a plusieurs choses sur le marché éditorial en ce moment qui m’agace. Enfin « en ce moment », c’est une façon de parler car je crois que la tendance ne fait qu’empirer, et tout ça parce que, peut-être, le mot passe trop vite sur les réseaux sociaux. Le monde va trop vite aujourd’hui, tout le monde saute sur la bonne idée que quelqu’un a trouvé pour se démarquer, effaçant cette différence et créant un monde de clones dignes des IA. Ou comme le faisait remarquer Flèche des Indestructibles (oui-oui, j’ai de belles références), quand « Tout le monde est exceptionnel, autrement dit, personne ne l’est ». Et je trouve que cela s’applique énormément en ce moment.
Je vais essayer d’étoffer et argumenter mon propos sans froisser personne (en tout cas, ça n’est pas mon intention), mais j’espère que cela amènera à une réflexion à ceux qui me lisent. Ne le prenez pas mal dans tous les cas, c’est juste une manière de percevoir le monde qui pour ma part m’interroge énormément, et me dérange sûrement. Si vous êtes très satisfaits de ce qu’il se passe actuellement, la suite n’est probablement pas pour vous.
Ersatz de visuels
Quand on entre dans un rayon librairie, ce qui choque le plus, c’est que chaque genre maintenant a sa « couverture » de base, clonée à l’infinie, en ne changeant que de minuscules détails. Autant dire que les graphistes et autres illustrateurs n’ont plus guère la liberté de réfléchir ou d’exprimer leur talent. Entre tout ce qui est romantasy avec le fond noir décoré de lames, de couronnes et de fleurs ou tout ce qui est romance contemporaine ou feel good avec sa couverture bichrome aux graphismes ultra-simplifiés pour donner deux exemples qui sauteront aux yeux, aucun livre ne se démarque. Bien au contraire, on a l’impression que ce sont tous les mêmes. Surtout que les titres se ressemblent : « De machin et de bidules ». Voilà, parce qu’un livre du genre avait cette couverture et ce genre de titres, c’est devenu une nécessité éditoriale. Parce que c’est vrai, les lectrices (là, ce sont elles clairement la cible) ne font pas la différence, veulent absolument la même chose, et ne seront pas curieuses de donner une chance à quelque chose de totalement différent (oui, alors là, je caricature beaucoup le côté éditeurs, mais c’est ce que je vois quand je me retrouve dans un de ces rayons). Peu importe celui qu’on prend (au hasard), rien ne le différencie des autres, tous se ressemblent, tous s’équivalent.
La course à l’édition à options multiples
J’ai l’impression que c’est la nouvelle chose. Pour se démarquer justement de ces couvertures d’épines et de fleurs, quelques-uns ont eu la bonne idée de faire un jaspage ou de rajouter du doré brillant sur la couverture. Il n’en fallait pas plus pour que le phénomène devienne viral et que cela devienne la norme. Histoire d’acheter un bel objet. Alors, en soi, je n’ai rien contre les versions collectors qui se démarquent bien de leur édition originale (cela m’arrive d’avoir plusieurs éditions d’un même livre, mais c’est vraiment parce que j’adore le livre et ce n’est pas le cas de tous mes livres non plus). Un livre qu’on a adoré, oui, on aime le voir plus beau, avec un contenu augmenté justement, qu’on garde précieusement, tout en tournant les pages de notre vieille version poche quand on veut relire. Pourtant, quand, de base, on a dorures, jaspages, vernis, tout cela perd de sa valeur, cela devient banal à souhait, et on ne regarde plus assez l’intérieur du livre. Oui, parce que si on prend un livre, c’est pour le lire en toute logique. Et parfois, il y a comme un décalage. La couverture a tous les soins, les pages aussi, et l’histoire, la correction ou la traduction…. eh bien, ça a été vite fait. Parce qu’il fallait sortir vite, pour faire du chiffre. On voit où le budget a été, où est-ce qu’on a coupé le budget. Tout ça pour garder des prix gonflés à 25€. C’est comme jeter de la Poudre de Perlimpinpin au visage du lectorat. Et au final, est-ce que toutes ces fioritures tiendront dans le temps ? Est-ce que la colle sur le dos du livre est suffisamment de qualité pour ne pas s’assécher et se décoller dès les premiers mois ? Et comme je suis « vieille », je soupire au souvenir de mes sagas qui avaient une couverture personnalisée, un morceau de l’histoire dessinée sur le devant, nous projetant déjà dans l’univers. Je pense notamment à mes poches de la saga Vorkosigan de Lois McMaster Bujold (c’est d’ailleurs grâce à l’illustration sur la couverture que je me suis penchée sur cette incroyable saga).

Une ossature avec différents habits
Et là, on arrive peut-être au sujet qui fait le plus mal. Comme le marché est tendu, qu’il faut sortir vite les histoires, surfer sur le créneau avant qu’il ne passe… Eh bien, on en arrive à ce que ces histoires se ressemblent, s’inspirent des unes et des autres et qu’on en arrive à un gloubi-boulga où on ne distingue plus rien. Si, on ne ressent qu’un immense copier-coller d’oeuvres déjà existantes faisant déjà mieux et bien ce qui est présenté comme un univers incroyable, alors que… non ? Les descriptions de chaque livre sont emphasées de superlatifs, de comparaisons dithyrambiques avec les classiques du genre, et mis bout à bout, non, désolée, rien ne marche, c’est un vrai château de cartes. Entre personnages incohérents, univers bâclé, tout ça parce qu’il faut aller vite alors qu’on est dans la construction d’un monde entier imaginaire, non, désolée, il faut du temps pour faire mûrir le projet, le penser, le tester. Les héroïnes de ces derniers grands succès se ressemblent toutes, à l’image des vidéos en IA qui leur donnent vie sur les réseaux sociaux. Arrive-t-on encore à les différencier autrement que par la couleur de leurs cheveux ? D’ailleurs, quand on voit ça, la question de produire du contenu rapide par IA est-elle si impertinente que ça puisque la qualité d’écriture qu’on nous offre n’est en rien différente à utiliser les clichés les plus communs sans se différencier ou apporter une réflexion ?
Du temps
Oui, pour avoir une histoire de qualité, il faut du temps. Ce n’est pas en six mois qu’on va écrire quelque chose de nouveau, d’intriguant, de différent qui restera dans les mémoires de lecteurs. Parce qu’après tout, ces histoires marqueront-elles ? Maintenant, la durée de vie d’un livre est de trois mois après sa sortie, à quoi bon s’en souvenir une fois consommé ? C’est juste triste. L’édition actuelle, à vouloir du neuf, de la nouveauté à tout prix tout le temps, avec une communication agressive pour te faire acheter tout de suite le livre le fait mourir tout autant.
De plus, je trouvais qu’il y avait une certaine poésie à attendre. On pouvait imaginer ce que la suite pourrait être. On pouvait faire des théories avec les fans sur les forums. Relire pour relever les petits détails. Mais maintenant, à vouloir sortir les suites trop vite parce que le marché le demande, il n’y a plus cette ébullition ni cette effervescence. Il n’y a plus d’intérêt à se poser des questions, puisqu’on va nous donner la réponse dans très peu de temps. Cela vient avec l’idée de satisfaction immédiate et constante, sans ennui et sans esprit critique, sans réflexion derrière qu’on nous donne actuellement partout.
Alors je sais bien que l’édition est une jungle, que le marché est en souffrance (enfin, quand on voit le prix de certains ebooks, on sait surtout que les éditeurs ne veulent pas faire d’efforts sur ça ?). La plupart des auteurs me diront qu’il faut qu’ils écrivent et vite, parce qu’ils ne peuvent pas en vivre sinon, car de même, ils n’ont pas un gros pourcentage. Mais à regarder tous ces éléments bout à bout, ce système va droit dans le mur. Est-ce son dernier chant du cygne ? « Pour le bien de tous », il serait bon sûrement de ralentir et de revoir notre rapport aux livres, j’imagine. En tout cas, je sais que la mode actuelle ne me convient absolument pas, que je ne rentre pas dans la tornade d’actualités constante et que, non, un beau jaspage ne me fera pas acheter un livre. Quand je découvre une histoire, le livre n’est que l’objet qui la transporte et je veux pouvoir l’emmener où je veux, quand je veux, et ne pas penser à ce qu’il pourrait lui arriver de terrible. C’est l’histoire à l’intérieur qui me fait vibrer et pas la poussière qui s’accumule dessus parce que j’ai peur de l’abîmer (oui, c’est pour ça également que je n’achète que très peu de collectors).
Voilà pour cette fois. Encore une fois, j’espère que mes mots n’auront heurté personne mais cela fait du bien de les exprimer ici, de les faire sortir de mon être et qui sait ? Peut-être y trouver une résonance ?